(à l'usage de l'élite et des biens nantis, comme dirait ce très très cher Desproges, dont le sarcasme bienfaisant me manque beaucoup en cette époque plate...)
Donc, voici l'heure venue où il faut défendre son livre.
À peine né, même pas encore introduit dans le monde, on se rend compte que certains romans ont besoin d'une notice explicative, d'un mode d'emploi. Je doute que Will Bowman en ait eu besoin quand il publia son désopilant A l'assaut du Khili-Khili (le trésor absolu de l'humour anglais), mais c'est qu'il n'avait pas eu besoin de le faire : il y avait, sous la bouffonnerie et l'absurde, sans doute un peu moins de critique sociale et d'allégories que ce que j'ai voulu y mettre.
Un ami, il y a longtemps, à propos de mon tout premier roman, m'avait dit que je "chargeais trop la barque"... C'est sans doute un de mes défauts : vouloir trop en dire ou, à défaut, trop en sous-entendre. Glisser des "motifs dans le tapis", à la Henry James. Jouer avec le lecteur, jusqu'à le lasser, jusqu'à le perdre.
Si bien que j'ai désormais besoin de rédiger des "notes d'intention", comme en font les auteurs de spectacle vivant (comparaison flatteuse pour moi, car j'aimerais que la littérature soit un "spectacle vivant") !
Alors, hop, je m'y Koh-lanta...
Alors, hop, je m'y Koh-lanta...
Note d'intention
Sous la vague, Anne Percin
© La Brune au Rouergue, août 2016
C'est un livre certainement très
différent, dans la forme, de mes trois autres livres adultes, on peut
le voir comme une variation autour du genre très codifié de la « comédie
sociale ». On penche parfois vers la caricature, le trait est grossi, il y
a de la bouffonnerie, de la farce, comme le veut le genre : il y a du Don Quichotte dans mon héros, et du Scapin dans son chauffeur Eddy !
L’aspect comique (qui surprendra moins mes lecteurs en jeunesse) est totalement
assumé, avec un ton pince-sans-rire et sarcastique très inspiré par le roman
humoristique anglais : mes références lorgnent du côté de PG Wodehouse (Jeeves), de Jérôme K Jérome (Trois
hommes dans un bateau) ou d’Iris
Murdoch (Le Prince Noir), qui
font hurler de rire les Anglais mais laissent souvent perplexes nos
compatriotes !
Mais il ne faudrait pas s’y
tromper : son côté absurde, l’omniprésence des rêves, tire peu à peu le
lecteur dans un monde flou, déstabilisant. On lorgne cette fois du côté du
Japon (pays qui tient une place prépondérante dans l’histoire) et le livre peut
évoquer Murakami bien sûr, mais
aussi les anciens, Natsumê Soseki, Kenzaburô Oé… Mon idée était d’écrire un
roman « entre deux eaux », un roman flottant, comme en état d’ébriété
(ce n’est pas un hasard si ça se passe dans le cognac…), ou comme un rêve qu’il
nous faudrait, au réveil, analyser.
Mon anti-héros, d’un conformisme
effarant, se trouve « coincé » (comme tous les animaux à qui il va
venir en aide) et s’échappe : la comédie bien huilée se trouve alors parasitée,
envahie, par l’onirisme et la poésie, traversée par des questionnements assez
universels sur l’âge, la notion de normalité, la solitude ou encore, le rapport
à la nature et à une certaine « sauvagerie », thèmes qui surprendront
moins mes lecteurs…
