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Cadeau BONUS

Cette semaine, dans quelques villes d'Allemagne, quelques lycéens et éudiants allemands vont défendre publiquement mon livre, L'Age d'ange, face à un jury fédéral qui jugera de leur prestation.
À l'issue de leur défense et illustration (en français), un seul livre sera retenu parmi les quatre proposés* cette année pour le Prix des Lycéens allemands.
Je tiens à souhaiter bonne chance à mes valeureux défenseurs ! Que l'ange soit avec eux ! Et bravo à eux d'être arrivés jusque là, à l'issue d'un parcours du combattant impressionnant (lectures, auditions, présentations publiques, etc.)

* Sonia Ristic : Orages ; Sylvie Deshors, Mon amour Kalashnikov ; Hubert BenKemoun: La Gazelle

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - épilogue bis

Un nouveau compte-rendu de ma tournée pendant le Prix des lycéens allemands... La rencontre s'est faite à Frankfort le 29 octobre 2009, devant une centaine de personnes dont une classe très métissée et absolument enthousiaste, je ne dis pas ça juste parce qu'ils ont pris de jolies photos... Il paraît que j'ai parlé trop vite et que quand je parle de mon livre je "m'enflamme". Himmel !

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - épilogue

Les sites internet des Gymnasiums où je suis intervenue en Allemagne mettent en ligne ces derniers jours les commentaires, photos, questions... réalisés au moment de notre rencontre.
C'est agréable de revoir ces lieux, que je n'ai fait parfois qu'apercevoir en passant, et cette fois, côté "public"...

Et voici la question qui m'avait laissée sans voix à Ludwigshafen, au sujet de Tadeusz et Youri, le prof de russe :

Hat der polnische Immigrant Tadeuzs etwa ein Verhältnis mit seinem Russischlehrer?

Où l'on voit que certains lecteurs, bien qu'étrangers, ont compris non seulement ce qui était crypté, mais même ce qui était involontaire, et ont dévelppé des hypothèses audacieuses à partir d'un réseau anecdotique que moi-même, je n'avais même pas creusé...
C'est tout simplement balaise, voilà ce que je dis.

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #8 et fin


Stüttgart, toujours. Après avoir déjeuné d'un énième Wiener schnitzel avec Thierry, je fais ma dernière conférence au sommet devant un auditoire nombreux, dans une salle étroite et longue comme un jour sans pain, juchée hélas sur une estrade, assise derrière un micro fixe : le désespoir total ! Moi qui préfère me mettre debout, micro à la main... Je suis condamnée à une pose hiératique. Je me console vite en constatant que c'est très reposant aussi, de rester le c.. sur sa chaise. Je pense aux Assis de Rimbaud : "Oh, ne les faites pas lever !" — voilà j'ai envie de dire des gros mots et de citer Rimbaud, c'est malin : j'ai une crise de franchouillerie !
Je résume, commente, répons aux questions. Le public est bien tassé mais curieux.
Un garçon aux yeux doux et à la mèche artistiquement ramenée sur les tempes, me pose une question que j'ai oubliée, puis insiste pour avoir une dédicace. Je crois qu'il s'appelle Lukas — mais il y a eu plusieurs Lukas cette semaine, et des Nicole, Cornelia, Alina, Ulrike, Helena, etc. Si peu de garçons ! J'apprends qu'en Allemagne, le français est considéré comme une langue trop jolie, trop douce, pas assez virile, bref : une langue de pédés (dixit, en français dans le texte, une prof allemande, propos confirmé par deux de ses collègues). J'ignore ce qu'en pense le mignon Lukas. Disons qu'il n'a pas l'air de démentir cette réputation — laquelle demeure bien choquante pour un Français ! (J'imagine bien dire ça à un supporter du Stade Toulousain, tiens…)


Un homme noir au fond de la salle intervient. Il se définit lui-même comme "afro-européen" et arbore un splendide gilet rouge estampillé Stuttgart, ouvert au milieu (entre STUTT et GART). Il nous gratifie d'un long discours en français sur l'intérêt du partage des langues, le rôle des insitutions culturelles, la nécessaire implication du public aux manifestations organisées pour lui et termine (alors que j'étais en train de m'auto-hypnotiser en fixant depuis 6 minutes songilet rouge), en nous conviant tous à la création d'un "café philosophique des langues". Je suis tellement fatiguée que je n'arrive plus à fixer mon attention sur ce discours fleuve, je me sens comme K. dans Le Château de Kafka.
Je ne parviens pas à dissimuler mon désarroi quand l'homme au gilet rouge m'interpelle, me demandant à brûle-pourpoint (ce qui va bien avec son gilet) ce que je pense, moi, de l'enseignement des langues en France et en Allemagne.
Aïe. C'est la question piège. J'ai entendu toute la semaine chanter les louanges du système allemand, et fustiger le retard terrifiant pris par la France dans l'éveil aux langues vivantes, et en particulier l'allemand. On ne peut qu'être d'accord. Je suis d'accord. La France est la mauvaise élève de l'Europe. Une cancre de fond de salle qui mâche du chewing-gum. C'est vrai.
Mais d'où me vient alors la joie profonde que je vais éprouver bientôt à revoir Paris, puis ma Bourgogne, cette joie que j'éprouve déjà à entendre une jeune fille d'origine française plaisanter avec moi dans un français dénué d'accent allemand, d'où vient mon intérêt subit et passionné pour les affiches de la salle annonçant un Cycle cinéma français à L'Institut ? Serais-je donc, malgré moi, une sinistre représentante de cette nation chauviniste, nombriliste, frileusement repliée, comme mes sembables, dans les plis de notre drapeau bleu, blanc, rouge, tout fiers d'avoir coupé des têtes couronnées et gagné la Coupe du Monde de foot en 98 ; tournant le dos à l'Europe et à tout ce qui n'est pas nous-mêmes ?
Et pédés, de surcroît ?
Rabelais, Rimbaud, à mon secours, et toi, Génie de la Bastille entraperçu sous la pluie parisienne à mon retour, sauvez-moi, mes amis, mes frères, allons cacher notre misère ! Nous sommes Français ! Bordel de merde !

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #7

Arrivée dimanche soir à 19 heures à Stuttgart, il fait nuit, froid, je suis fatiguée. J'ai passé l'après-midi avec mon amie d'enfance à marcher dans les vignobles alsaciens sous un beau soleil : j'ai les joues rouges, les jambes lourdes, les yeux pleins de soleil, de feuilles mortes, paysage de carte postale alsacien…
Thierry, l'attaché culturel pour le Baden-Wurtemberg, me conduit à mon hôtel. Je suis si crevée que je ne me décide pas à ressortir, et je dîne d'un bretzel, d'un sachet de nounours en guimauve et d'une cigarette... Pas terrible, niveau gastronomie. On fera mieux demain !
Je remarque pour la première fois que les chambres d'hôtel allemandes sont toutes équipées d'un mini-bar empli de bière et de… la Bible, Nouveau Testament. Je me souviens de cette blague du Protestant dépressif à qui on a appris qu'en cas de doute sur une situation, il faut ouvir la Bible au hasard. Après avoir essayé de mettre fin à ses jours par pendaison, et échoué lamentablement, il met en pratique le conseil Protestant : la Bible s'ouvre et il y lit d'une main tremblante : "Va, et repends-toi".

Les interventions du lendemain, l'une à Tübingen, l'autre à Stüttgart, ont lieu à chaque fois à l'Institut Français, institution nichée dans de grosses bâtisses blanches chargées d'histoire (parfois un peu encombrante...), où on parle cinéma français, poésie, théâtre... À Tübingen, apprenant qu'ils ne sont que 4 (sur 90 auditeurs) a avoir lu le roman, je me lance dans une sorte de réumé-lecture du roman, un marathon qui dure deux heures et me laisse épuisée. J'ai de plus en plus l'impression de faire des conférences.
Mais à la fin, on vient me faire des confidences. L'émotion est toujours là, au creux du livre, dans les plis. C'est drôle comme ce livre peut toucher des gens. Il m'a toujours semblé si froid, si dur, quand je l'écrivais... !

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #6

Après un petit déjeuner qui suffirait à nourrir une famille pendant une journée, je range mon sac et quitte l'hôtel. J'interviens à Mayence même, pour la première fois, dans un lycée du centre ville, devant deux classes, dans une bibliothèque (la mieux fournie que j'ai vue depuis le début). Les élèves sont très intimidés - du coup, moi aussi, bien plus que devant 140 personnes. La proximité rend les émotions plus palpables... Les lycéens connaissent mal le livre, voire pas du tout. On me dira à la fin que mes réponses sur la Pologne ont un peu déçu... (l'origine polonaise de Tadeusz représente, vu du côté allemand, quelque chose d'important - mais, je suis désolée, je n'avais pas pensé à l'immigration des pays de l'Est après la chute du Mur en écrivant ce roman, moi ! Pour une fois, mes raisons étaient plus sentimentales que politiques…)

L'après-midi, je suis invitée à Ludwigshafen , ville industrielle qui fait face à Manheim, la ville universitaire et touristique. Grand soleil.


J'y trouve à mon arrivée à la gare, deux profs de français et une jeune lycéenne, Natalie, toutes trois d'un enthousiasme et d'une gaieté communicatives : j'ai l'impression d'être arivée au pays de la joie de vivre !
Je me retrouve à patienter dans une salle des profs bondée : 70 profs qui n'ont pas de cantine y déjeunent de sandwichs sur leurs tables de travail... Ça discute, on commente l'actualité, les cours, on épluche les jouraux. J'apprends que les enseignants allemands travaillent environ 28 heures par semaine, enseignent deux matières et surveillent l'étude, la grille, les couloirs… (Et n'ont pas le droit de crier "Vos gueules les mouettes" à leurs élèves, mais c'est un autre problème).
J'interviens dans une immense aula moderne, on pourrait y faire un concert de rock. Madame la Proviseur est également prof de français, ce qui me vaut un accueil en français dans le texte (jusqu'ici, je me suis contentée d'acquiescer avec reconnaissance à toutes les paroles de bienvenue qu'on m'a adressées, sans pouvoir y répondre, ce qui était tout de même gênant). Dans cette aula suréquipée (un rétroprojecteur projette sur la scène mon livre...), on a eu la bonne idée de disposer, non seulement des chaises en arc de cercle, mais aussi des tables, et sur ces tables, des boissons et des gâteaux ! On dirait un goûter géant. Tout le monde est souriant, détendu, joyeux. C'est mon dernier jour en Rhénanie-Palatinat, et on dirait que tout, y compris le soleil, conspire à ma le rendre inoubliable.
Les élèves sont charmants, on me pose des questions formidables, sur mes lectures, sur Tadeusz et ses relations avec Youri (sic !), et sur "le rapport entre l'homosexualité et l'indétermination sexuelle dans le roman". De quoi faire une thèse, quoi. À la fin, on m'offre du vin, et des livres — comme à un homme, me dis-je in petto, avant de filer, car j'ai un train à 16h, pour Manheim, puis Offenburg, puis... Strasbourg !
MAISON !!!!!!

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #5

Départ en train pour Frankfort. Nous traversons des contrées brumeuses, à peine réchauffées par la foule qui se presse dans les gares et les trains de Mayence et Frankfort à 8heures du matin, et par l'odeur délicieuse des bretzels de chez Ditsch. Arrivées à Frankfort, nous prenons le métro pour parvenir dans un Gymnasium hallucinant : vaste bâtiment moderne que le lycée partage avec la bibliothèque municipale et le ciné-club. Un véritable centre culturel et du savoir. J'interviens devant 130 élèves, dans une salle digne d'un congrès. La pression monte. Quand ça commence, je me dis que je voudrais être n'importe où ailleurs...
Mais très vite, les questions fusent, j'ai l'impression d'être portée, le temps passe sans que je m'en rende compte, de nombreux élèves viennent échanger après la rencontre, j'aperçois pour la première fois des sourires complices et un public plus mélangé, foulards islamiques de rigueur (en Allemagne, ce n'est pas interdit dans les établissements scolaires).
Mixité sociale et appétit culturel intense me semblent être la marque de fabrique de Frankfort - tout au moins, c'est le souvenir que j'en garde. J'ai toujours aimé cette ville sans la connaître, maintenant je me dis que je sais pourquoi…
On repart, trop vite à mon goût, quittant ces élèves qui me font signer leur "page de présentation" de L'Age d'ange, de grandes feuilles fomat A3 pleines de dessins et de collages en hommage au roman. On y voit des anges, des frises grecques, un couteau, des pages de livres arrachées, des miettes, du sang… C'est émouvant.
On reprend le train, départ pour Marburg, jolie ville universitaire nichée sur une colline au bord du Rhin. Une prof de français française nous accueille, nous déjeunons dans un petit restaurant... grec ! J'interviens dans une aula, tout en haut du Gymnasium, devant normalement 120 élèves... Ils sont finalement 140, car des élèves venus d'autres classes et qui ne participent pas au Prix des Lycéens se sont ajoutés in extremis. L'ambiance du coup est un peu brouillonne et, malgré le micro, l'organisation sans faille et l'accueil chaleureux, je ressens des moments de flottement dûs aux bavardages de fond de salle. Si j'étais devant mes élèves en France, je m'arrêterais net pour hurler un "SILENCE AU FOND !" bien senti…
Mais je ne suis pas devant mes élèves, et j'éprouve une joie un peu masochiste à continuer à parler malgré le manque de respect des auditeurs, me demandant s'ils s'arrêteront d'eux-mêmes, touchés par la grâce… Finalement, ce n'est pas la grâce mais Sandrine, ma formidable attachée culturelle, roulant de gros yeux furibonds, qui les fait cesser.
Notre passé commun de prof français nous fait voir d'un même oeil sévère la tolérance germanique à l'égard des bavardages, tolérance qui me paraît infinie (plusieurs enseignants depuis le début du séjour m'ont sidérée par leur aptitude à encaisser un volume sonore que n'importe quel prof français qualifierait de bordel)...
Nous revenons toutes deux vers Mayence, en discutant de choses et d'autres et notamment de Tomi Ungerer, notre illustre compatriote (Sandrine est Alsacienne comme moi) et de ce qu'il y a dans sa cuisine en Irlande - mais je n'en dirai pas plus !

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #4

À Koblenz, j'ai vécu ma 1ere expérience d'aula. Non, pas d'au-delà ! Une AULA, c'est une grande salle, comme un amphithéâtre ou une salle de conférence, munie généralement de micros, d'une estrade, et d'un tas de chaise qu'on regarde se remplir nons sans une certaine terreur. Malgré tout, toujours à Koblenz, je suis rassurée par trois choses :
  1. la présence d'une prof de français native d'Epinal, comme moi (!)
  2. un fond de salle décoré de fausses colonnes ioniques en stuc, le genre de détail que seule mes héros de L'AA (et moi) remarqueraient...
  3. la plupart des élèves ont lu le livre, ce qui donne lieu à un échange de questions-réponses très intéressant !
Je suis hélas incapable de retenir le moindre souvenir précis de cette rencontre, je crois décidément que "l'effet aula" a dû jouer. J'ai l'impression d'avoir plongé en apnée totale dans un bain d'eau glacée. Nous repartons ausitôt, ma compère de l'Institut Français et moi-même, en train toujours, pour Mainz (Mayence). Nous avons le temps de faire plus ample connaissance, avec Sandrine, le rythme est moins trépidant que ces jours derniers. Nous longeons le Rhin, je vois des paysages au coucher du soleil qui sont à couper le souffle : je pense à l'or du Rhin, à Wagner, à la Loreleï, aux bateaux de croisière de mon beau-frère, à Apollinaire, à boire du vin blanc, à mon enfance alsacienne, bref : j'ai un fameux coup de Rhin ! C'est malin.

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #3

Une vue depuis ma chambre d'hôtel, à sept heures du matin. Tout est bien rangé sur la place du marché, non ?
La veille, nous sommes rentrées de Brühl en voiture sous la pluie (sans Werner, qui se taisait), échangeant une nouvelles fois dans l'habitacle nos vues sur des sujets hétéroclites comme la dérive autobiographique de la littérature française contemporaine, Marie NDiaye, le handicap et la maternité...
En ce mercredi matin, je quitte Düsseldorf pour Aachen (Aix-la-Chapelle), où m'attendent quelques élèves et leurs professeurs, dans le CDi d'un Gymnasium bilingal. On me demande une sorte de présentation appéritive du livre, un résumé, quelques pistes... De quoi "donner envie de me lire". Hum... heureusement, les élèves se révèlent curieux et me posent des questions pertinentes ("Y a-t-il des pauvres au Luxembourg ?" , "Pourquoi avoir choisi des immigrés polonais ?"). Les larges baies vitrées de ce CDI s'ouvrent sur un patio où un érable jaune d'or s'effeuille : on se croirait dans L'Age d'ange ! Je lis des passages du livre qui correspondent si bien au lieu que les élèves eux-mêmes s'en rendent compte et sourient, surpris. Un peu de magie dans l'air...

Je quitte à 11h la Rhénanie du nord-Wesphalie et prends congé de mon attachante attachée culturelle, un peu triste. Je sens que nos conversations échevelées et sa personnalité flamboyante vont me manquer.
Mais on m'attend à Koblenz (Coblence), en Rhénanie-Palatinat. C'est parti pour quelques heures de train, pendant lesquelles on frôle les usines, puis on longe le Rhin. Je manque de m'assoupir, le front contre la vitre, quand surgit Mme Nédelec, une charmante prof de français croisée à Brühl, si heureuse de me revoir par hasard dans le wagon qu'elle en rit de contentement. Pas de sieste, donc. :-)

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #2

J'ai visité à Düsseldorf une authentique brasserie, c'est-à-dire qu'on y fait et vend de la bière (et on y fume aussi, la législation sur le tabac étant de façon générale bien moins stricte qu'en France - et ce ne sera pas la seule occasion que j'aurai de constater la tolérance de la législation allemande...)
Dîner dans un restaurant italien, où j'ai parlé successivement allemand, anglais, italien puis... français, in fine - le serveur ayant fini par comprendre que, maîtrisant si mal chaque idiome, je ne pouvais qu'être française... :-)
Enfin, au retour de ce repas somme toute chaleureux, je rentre par des rues calmes de cette capitale de Land qui semble ignorer toute forme de déliquance juvénile, et paraît habitée par des trentenaires fort occupés et écologiquement responsables... Plutôt confortable, certes, quand on se promène seule à la nuit tombée. Mais où diable cachent-ils leurs jeunes ? Et leurs pauvres, qu'en font-ils ? (je ne sais pas encore que ce sera ma question obsédante de tout le séjour) Les vitrines de luxe y sont moins nombreuses que les galeries d'art, ce qui est une particularité de Düsseldorf, ville d'art (peinture, danse contemporaine...)

Le mardi matin, j'interviens à Schwelm, bourgade au charme tranquille. Dans un austère bâtiment datant de 1912, de style néo-gothique, des professeurs charmants nous accueillent.
Je découvre mon livre transformé en papillon par la pétillante Ulrike : c'est si beau que je le prends en photo.
L'une des deux classes assistant à la rencontre n'a pas lu mon livre, mais ils (elles, plutôt, car les filles francophones sont plus nombreuses que les garçons...) sont très attentifs, respectueux. Une lycéenne qui a lu mon livre (Sophie ?), aux cheveux d'un rouge communiste flamboyant, prend le dessus très vite dans la mêlée, et me bombarde de questions. Elle viendra me faire part ensuite de son enthousiasme, et son analyse me confond par sa finesse.
Puisque l'entrevue se termine à midi et demie, la prof qui nous accueille nous a gentiment préparé des brötchen, petits pains fendus couverts de fromage, jambon, légumes... Voilà qui reflète à merveille l'esprit allemand dans ce qu'il a de meilleur : la prévenance. On en pleurerait de joie (surtout quand on a faim et qu'on doit filer...
Direction Brühl, la ville de Max Ernst ! Je n'y ai rien vu de surréaliste, sinon le voyage que nous faisons, Lorraine et moi, en voiture, guidées par la voix de Werner (le robot du GPS) et soudain emportées par une discussion de politique générale qui nous amène à frôler les abîmes idéologiques entre nous... C'est passionnant, totalement hors-sujet (on ne regarde même plus où on est, on ignore superbement Werner qui s'époumone "links, links !") : j'adore ! À Brühl, les étudiants d'une université voisine se sont mêlés aux lycéens, on nous accueille dans une bibliothèque vitrée où je dois faire une sorte de conférence à un public qui, cette fois, n'a pas lu le livre. Quelques étudiants en français m'interrogent, tandis qu'une lycéenne me réclame de raconter la fin du livre. Surprise, je commence par refuser, puis, devant l'instance générale, je le fais et m'aperçois... qu'ils sont tous suspendus à mes lèvres comme si je leur racontais le dernier James Bond.
Après leur départ, j'enregistre ma voix dans un lecteur mp3, à l'usage des lycéens qui auraient bien voulu m'entendre lire un extrait de L'Age d'ange (ce que je n'ai pas eu le temps de faire).
Enfermée dans la bibliothèque déserte, je lis à voix haute devant un minuscule capteur mp3 un passage que je vais, par la suite, souvent relire (mais je ne le sais pas encore) : "Or il arriva qu'un jour, le livre disparut..." J'ai l'impression d'être Marlène Jobert en train d'enregistrer des histoires pour endormir les enfants.



Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #1


J'arrive à Düsseldorf par une petite pluie fine, après avoir traversé Cologne sous un soleil radieux.
Le temps ici est changeant, instable, capriceux, il me fait penser à ces gens au tempérament si sensible qu'ils passent du rire aux larmes, de la pâleur aux joues rouges, sans solution de continuité. C'est un temps flammand, me dira-t-on plus tard.
Lorraine, l'attachée culturelle qui me prend en charge, me conduit à l'hôtel, où je perds de longues minutes à essayer de quitter ma chambre par l'escalier de service, pour éviter l'ascenseur... Un ascenseur qui me donne l'impression de rejouer une scène de ce film culte de Spike Jonze, Dans la peau de John Malkovitch... (Je reviendrai le photographier plus tard, à la nuit tombée, quand l'hôtel résonne de bruits mystérieux)

Nous allons déjeuner dans une taverne typique qui porte le nom de "petit bateau", aux tables poncées, où l'on sert de la Schlosser Alt, la bière ambrée de la région, et du hareng. Napoléon y serait passé, ce qu'on veut bien croire. J'y resterais bien, mais on nous attend à Erkhrart, dans un établissement de la périphérie...
À la suite d'un imbroglio, j'interviens devant un public qui n'est pas supposé être le mien (des élèves très jeunes, non francophones, qui n'ont pas lu le livre). On m'écoute en riant, les gamins répètent les finales de mes mots, comme si c'étaient des sons mélodieux. Un adorable gamin venu d'Inde nous affirme que le français est "la langue de la politesse". Je m'efforce de ne pas le démentir en répondant à leur dernière demande : je dois signer des autographes au feutre sur leur bras. Je me retrouve ainsi à tatouer de mon paraphe étoilé une quizaine de bras (et un front, d'une audacieuse qui me le tend en soulevant ses cheveux blonds). Jusque là, rien ne se déroule comme prévu, mais au moins, je m'amuse bien.

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #0

ICE à destination de Dortmund.

Devant moi, il y a deux hommes qui parlent arabe. Derrière moi, un Allemand parle anglais avec un Français. Un compteur à affichage numérique, dans le sas entre deux wagons, indique 300 km/h.
Nous arrivons à Cologne.
Je pense à cette nouvelle que j'ai écrite et qui s'y déroule, qui ne sera sans doute jamais publiée.

Le wagon se vide, je continue vers Düsseldorf. Les deux hommes devant, qui parlaient arabe, abandonnent sur leur siège un journal où je lis ce gros titre effrayant : Blutbad in Bagdad.
(Je pense à R., dans Bonheur Fantôme il est en Egypte mais juste avant, dans N'importe où hors de ce monde où Pierre et lui font une apparition, il était à Bagdad...)


Je lis No et moi, de Delhine de Vigan. Un roman qui a reçu le Prix des libraires, récemment. J'ai les larmes aux yeux, souvent. Je pense à Inès Cagnati, à Isabelle Rossignol, à mes propres romans. Malgré tout, je ne peux pas m'empêcher de relever ce qui parfois m'apparaît comme un tic moderne (citation de marques, copié-collé de phrases), mais dans l'ensemble, jusque là, je ressens une impression de grande justesse, et un désir de justice sociale qui me plaisent infiniment.
Embarquée dans ce roman, j'en oublie où je suis et le fait que, dans quelques heures, c'est de L'Age d'ange qu'on va me demander de parler. J'ai peur de ne pas savoir quoi dire. Et si je leur parlais de Delphine de Vigan ?