Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #5

Départ en train pour Frankfort. Nous traversons des contrées brumeuses, à peine réchauffées par la foule qui se presse dans les gares et les trains de Mayence et Frankfort à 8heures du matin, et par l'odeur délicieuse des bretzels de chez Ditsch. Arrivées à Frankfort, nous prenons le métro pour parvenir dans un Gymnasium hallucinant : vaste bâtiment moderne que le lycée partage avec la bibliothèque municipale et le ciné-club. Un véritable centre culturel et du savoir. J'interviens devant 130 élèves, dans une salle digne d'un congrès. La pression monte. Quand ça commence, je me dis que je voudrais être n'importe où ailleurs...
Mais très vite, les questions fusent, j'ai l'impression d'être portée, le temps passe sans que je m'en rende compte, de nombreux élèves viennent échanger après la rencontre, j'aperçois pour la première fois des sourires complices et un public plus mélangé, foulards islamiques de rigueur (en Allemagne, ce n'est pas interdit dans les établissements scolaires).
Mixité sociale et appétit culturel intense me semblent être la marque de fabrique de Frankfort - tout au moins, c'est le souvenir que j'en garde. J'ai toujours aimé cette ville sans la connaître, maintenant je me dis que je sais pourquoi…
On repart, trop vite à mon goût, quittant ces élèves qui me font signer leur "page de présentation" de L'Age d'ange, de grandes feuilles fomat A3 pleines de dessins et de collages en hommage au roman. On y voit des anges, des frises grecques, un couteau, des pages de livres arrachées, des miettes, du sang… C'est émouvant.
On reprend le train, départ pour Marburg, jolie ville universitaire nichée sur une colline au bord du Rhin. Une prof de français française nous accueille, nous déjeunons dans un petit restaurant... grec ! J'interviens dans une aula, tout en haut du Gymnasium, devant normalement 120 élèves... Ils sont finalement 140, car des élèves venus d'autres classes et qui ne participent pas au Prix des Lycéens se sont ajoutés in extremis. L'ambiance du coup est un peu brouillonne et, malgré le micro, l'organisation sans faille et l'accueil chaleureux, je ressens des moments de flottement dûs aux bavardages de fond de salle. Si j'étais devant mes élèves en France, je m'arrêterais net pour hurler un "SILENCE AU FOND !" bien senti…
Mais je ne suis pas devant mes élèves, et j'éprouve une joie un peu masochiste à continuer à parler malgré le manque de respect des auditeurs, me demandant s'ils s'arrêteront d'eux-mêmes, touchés par la grâce… Finalement, ce n'est pas la grâce mais Sandrine, ma formidable attachée culturelle, roulant de gros yeux furibonds, qui les fait cesser.
Notre passé commun de prof français nous fait voir d'un même oeil sévère la tolérance germanique à l'égard des bavardages, tolérance qui me paraît infinie (plusieurs enseignants depuis le début du séjour m'ont sidérée par leur aptitude à encaisser un volume sonore que n'importe quel prof français qualifierait de bordel)...
Nous revenons toutes deux vers Mayence, en discutant de choses et d'autres et notamment de Tomi Ungerer, notre illustre compatriote (Sandrine est Alsacienne comme moi) et de ce qu'il y a dans sa cuisine en Irlande - mais je n'en dirai pas plus !

2 commentaires:

  1. Je me souviens que lors d'un échange franco-allemand en classe de cinquième (il y a une trentaine d'années !!!), le niveau du fond sonore en classe m'avait déjà "choqué". Je me rappelle d'une lycéenne qui tricotait en classe pendant que le prof parlait sans que celui-ci n'en semble pour le moins affecté.

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  2. ha ! le tricot ! moi aussi j'y ai eu droit : c'était une prof qui tricotait au milieu de la salle, à trois mètres de moi, à Tübingen !

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