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Marne-la-Vallée, gare certifiée


C'était marqué sur les quais : gare certifiée. Certifiée par qui ou par quoi, je ne savais pas. Il n'était pas encore huit heures et les Parisiens de la semaine croisaient des Anglais en visite à EuroDisney et des Lillois en transit. La gare était jaune, ou bien c'était mon appareil photo qui merdait sur la balance des blancs.
Dans le hall vitré, ça sentait le petit pain au chocolat, le froid.
Le magasin à babioles vendait des Tours Eiffel dans des boules à neige (pour offrir à Maxime ?) et des Tigrou en peluche (pour Mélinda ?).

Au rayon des magazines anglais, on vendait la revue Attitude avec Stephen Fry en couverture, je me suis dit que c'était bon signe, qu'on démarrait bien la journée. Stephen Fry me fait du bien. En ce moment c'est ma période Fry.

À l'arrivée à Angoulême il faisait beau, la gare était rouge, ou bien c'est moi qui merdait sur l'échelle des couleurs.



Un homme (qui ressemblait un peu à Stephen Fry) attendait sur le quai les auteurs invités au Festival et qui venaient, ce matin là, de l'infini et au-delà, c'est-à-dire de Belgique. Il ne m'attendait pas, moi, ce qui ne m'a pas empêchée de monter dans son taxi avec une bande de Belges formidables qui ont transformé le chemin hypnotique vers Cognac (je m'étais levée à 5 heures, tout de même...) en folle épopée.
L'hôtel Ibis était un chaos. Dans le lobby (on dit comment en français, déjà ?) des ouvriers démolissaient à la masse le comptoir et arrachaient des plaques au plafond, tandis que la réceptionniste, très pro, tendait des cartes perforées au chaland et répondait en toutes langues.
J'avais faim et pas le temps de manger : à 14 heures pétantes, une horde de lycéens poitou-charentais prendrait possession de l'Auditorium pour nous écouter, Carl Frode Tiller, Nicolas Ancion et moi-même, répondre aux questions croisées de Gérard Meudal, journaliste au Monde, et de la foule en délire.
J'ai demandé un jus d'orange. Je suis montée sur la scène.
Quand je fermais les yeux, c'était jaune.

En voiture Simone !

Le 9ème Prix littéraire de la ville d'Ambronnay, dans l'Ain, est placé cette année sous le haut patronage posthume de Simone Weil - avec un W, à ne pas confondre avec la ministre-féministe-et-survivante-des-camps au tailleur rose.
La philosophe, donc.

Voilà qui a dû porter chance à son plus grand fan fictif, Pierre Mouron, car j'apprends aujourd'hui que Bonheur Fantôme est sélectionné pour ce joli prix, qui se place sous de si propices auspices ;-)

Du neuf

Je fête la rentrée avec un retour en Savoie le samedi 16 octobre, à Saint-Jean de Maurienne pour le Salon du livre de L'Hermillon.

Bonheur Fantôme est en lice pour le prix Rosine Perrier, qui y est décerné chaque année. La précédente lauréate en était Claudie Gallay pour Les Déferlantes. Sur cette photo prise au Salon du livre de Paris, en mars, elle était à côté de moi (avec une queue de 30000 personnes pour les dédicaces) mais comme un gentil lecteur la cache, eh ben, on croirait qu'y avait que moi.
:-)
En plus c'est même pas un gentil lecteur, c'est Christian Lamy (qui est certes lecteur et très gentil, mais qui est aussi l'animateur d'un café-librairie associatif à Clermont-Ferrand, et directeur d'une petite revue, Efadine, qui a publié un de mes textes (la nouvelle "Les Ephémères").

Le Prix littéraire Rosine Perrier a la particularité de récompenser une oeuvre de fiction de langue française dont l'écriture est ancrée dans une terre, l'enracinement nourrissant le travail d'écriture.

A vous Cognac


Bonheur Fantôme fait partie des trois ouvrages européens retenus pour le Prix Jean Monnet des Jeunes Européens, avec L'homme qui valait 35 miliards de Nicolas Ancion (ed° Luc Pire, Belgique) et Encerclement du Norvégien Carl Frode Tiller (ed° Stock, dans l'excellente collection cosmopolite)
Ayant grandi à Strasbourg et fait mes études au lycée Jean Monnet, je me sens très européenne, tout à coup. Cela dit sans vouloir influencer personne :-)
La remise des prix aura lieu pendant le Festival des littératures européennes de Cognac, qui existe depuis 1988, du 18 au 21 nov.2010.

Dans les Landes on lit

Notamment à Tercis-les-Bains où les lecteurs décernent un prix "coup de coeur".
Leur sélection est ensuite proposée aux adolescents de la commune.
Cette année, étaient choisis : le polar Au pays des ombres de Gilbert Gallerne, la BD Terre fatale de Jacques Ferrandez, le roman historique d'Irène Frain : Les Naufragés de l'île Tromelin et... Bonheur fantôme.

"Plusieurs critères de choix ont été analysés, tels l'intrigue, l'écriture, le style et le plaisir de la lecture. Devançant la fresque sur l'esclavage de d'Irène Frain, le premier roman d'Anne Percin a obtenu la palme. Ce roman à la fois drôle et douloureux, bien écrit, a séduit les jeunes lecteurs par la force et la justesse de ses personnages." (source : ©Sud-Ouest)
Hi hi hi (rire modeste mais gêné de l'intéressée)

Et de cinq !

Et voilà, ça y est c'est fait n'y revenons plus, c'est comme ça et puis c'est tout : L'Age d'ange remporte le Prix littérature jeunesse E.Leclerc , décerné le 13 juin dernier lors du Salon du livre pour la jeunesse de Rueil-Malmaison.
J'ai pas triché, je le jure. D'abord je n'y étais pas, à Rueil. Et je ne connais même pas Edouard Leclerc.

Et de quatre !

Le prix littéraire des jeunes de l'Indre, Escapages, vient de récompenser L'Age d'ange.
Comme son nom l'indique, c'est un prix des lecteurs, décerné par le vote des jeunes inscrits au prix (soit plus de 14000 collégiens et lycéens). Ce qui porte à 4 le nombre de prix moissonnés cette année pour le même roman ! Soit dit en passant, pour un livre que sa première lectrice-éditrice avait refusé fermement, ce n'est pas si mal... Comme quoi, il ne faut jurer de rien et persévérer sans désemparer :-)
L'Age d'ange était sélectionné dans la catégorie Ados. J'ai rencontré à Châteauroux les élèves de plusieurs classes, de lycée et de collège (au terme d'une odyssée ferroviaire dont je tairai les détails...) pour parler de ce roman. Mention spéciale à la classe de 3ème du collège Rosa Parks qui reste à ce jour celle que j'aurai eu le plus de plaisir à rencontrer, en deux ans d'interventions scolaires. Ça non plus, ça n'est pas rien !

Du 27 au 30 mai 2010 aura lieu le festival du Premier roman, à Chambéry.
Une fête un peu partculière, où les auteurs pendant trois jours vont à la rencontre des lecteurs et vice-versa, un peu partout dans la ville - y compris en prison...
J'ai la chance d'y participer avec Bonheur Fantôme. Voilà mon programme :

Vendredi 28 mai

8h30 * Théâtre Charles Dullin

avec Antoine BROTO

15h Médiathèque Jean-Jacques Rousseau

avec Antoine BROTO et Brigitte GIRAUD

16h30 ** Espace Malraux

Lectures de correspondances littéraires

avec Tatiana ARFEL, Béatrice FONTANEL,

François WEERTS

18h Manège

Artistes de fiction, entre liberté et barbarie

Avec Tatiana ARFEL, Jean-Baptiste DESTREMAU, Stéphane VELUT


Samedi 29 mai

11h Médiathèque Jean-Jacques Rousseau

avec Pascal MORIN

12h Manège

Séance de dédicaces

Remise du prix TSR

J'ai l'air bien contente, hein ?
Alors il faut savoir que l'émission est présentée par Esther, une pépite blonde pétillante et crépitante, et que le prix m'a été remis par Darius Rochebin, star de la télé suisse, présentateur du JT depuis 1998 ("le PPDA local", m'a-t-on dit). Malgré la pression, donc, pas trop de stress, tous ces sourires suisses n'engendrant pas la mélancolie.

Après l'émission de télé, les dédicaces, avec notamment les élèves de la classe qui avait défendu L'Age d'ange lors de l'émission Lire Délire. (Bon, là sur la photo, ils ont l'air bizarre parce qu'ils sont aux prises avec des sucettes distribuées sur le plateau télé, mais en vrai, ils sont formidables)

Des prix qui tombent

Voilà qu'après le prix de la Télévision Suisse Romande (TSR), qui m'a été remis en mains propres et en public lors du Salon du livre de Genève, L'Age d'ange vient, me dit-on, de remporter le prix des Dévoreurs de la ville d'Evreux, et le prix des jeunes lecteurs de la ville de Tarbes (lors du festival "Hautes-Pyrénées tout en auteurs").

Grand merci aux jeunes lecteurs et électeurs de ces prix, ainsi qu'aux bibliothécaires, documentalistes, enseignants, qui en ont parlé et fait parler autour d'eux.

L'émission de la TSR (remise du prix lors de la finale de Lire-Délire, 1er mai 2010) est visible ici en podcast.

Le clip de L'Age d'ange sur la TSR

La télévision suisse romande organise depuis plusieurs années un prix littéraire jeunesse, qui fait l'objet d'émissions télévisées où s'affrontent des équipes de collégiens et lycéens qui défendent les romans sélectionnés. Pour ce faire, chaque équipe réalise un clip, défend le livre sur le plateau, au terme d'une émission d'une heure retransmise sur la TSR.
C'est ambitieux, émouvant (pour les auteurs au moins ! et les élèves qui se donnent à fond...), souvent drôle et très bien ficelé.
On peut voir le clip que les élèves de La-Chaux-de-Fonds ont réalisé sur L'Age d'ange, ici.

Le Prix Goncourt du quartier

Ci-dessous, article paru dans SEIZE, le magazine du... 16ème arrondissement de Paris.
Lequel quartier, je n'ai jamais habité.
Où l'on apprend que mon livre reçoit le Prix Goncourt de quartier !

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - épilogue bis

Un nouveau compte-rendu de ma tournée pendant le Prix des lycéens allemands... La rencontre s'est faite à Frankfort le 29 octobre 2009, devant une centaine de personnes dont une classe très métissée et absolument enthousiaste, je ne dis pas ça juste parce qu'ils ont pris de jolies photos... Il paraît que j'ai parlé trop vite et que quand je parle de mon livre je "m'enflamme". Himmel !

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - épilogue

Les sites internet des Gymnasiums où je suis intervenue en Allemagne mettent en ligne ces derniers jours les commentaires, photos, questions... réalisés au moment de notre rencontre.
C'est agréable de revoir ces lieux, que je n'ai fait parfois qu'apercevoir en passant, et cette fois, côté "public"...

Et voici la question qui m'avait laissée sans voix à Ludwigshafen, au sujet de Tadeusz et Youri, le prof de russe :

Hat der polnische Immigrant Tadeuzs etwa ein Verhältnis mit seinem Russischlehrer?

Où l'on voit que certains lecteurs, bien qu'étrangers, ont compris non seulement ce qui était crypté, mais même ce qui était involontaire, et ont dévelppé des hypothèses audacieuses à partir d'un réseau anecdotique que moi-même, je n'avais même pas creusé...
C'est tout simplement balaise, voilà ce que je dis.

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #8 et fin


Stüttgart, toujours. Après avoir déjeuné d'un énième Wiener schnitzel avec Thierry, je fais ma dernière conférence au sommet devant un auditoire nombreux, dans une salle étroite et longue comme un jour sans pain, juchée hélas sur une estrade, assise derrière un micro fixe : le désespoir total ! Moi qui préfère me mettre debout, micro à la main... Je suis condamnée à une pose hiératique. Je me console vite en constatant que c'est très reposant aussi, de rester le c.. sur sa chaise. Je pense aux Assis de Rimbaud : "Oh, ne les faites pas lever !" — voilà j'ai envie de dire des gros mots et de citer Rimbaud, c'est malin : j'ai une crise de franchouillerie !
Je résume, commente, répons aux questions. Le public est bien tassé mais curieux.
Un garçon aux yeux doux et à la mèche artistiquement ramenée sur les tempes, me pose une question que j'ai oubliée, puis insiste pour avoir une dédicace. Je crois qu'il s'appelle Lukas — mais il y a eu plusieurs Lukas cette semaine, et des Nicole, Cornelia, Alina, Ulrike, Helena, etc. Si peu de garçons ! J'apprends qu'en Allemagne, le français est considéré comme une langue trop jolie, trop douce, pas assez virile, bref : une langue de pédés (dixit, en français dans le texte, une prof allemande, propos confirmé par deux de ses collègues). J'ignore ce qu'en pense le mignon Lukas. Disons qu'il n'a pas l'air de démentir cette réputation — laquelle demeure bien choquante pour un Français ! (J'imagine bien dire ça à un supporter du Stade Toulousain, tiens…)


Un homme noir au fond de la salle intervient. Il se définit lui-même comme "afro-européen" et arbore un splendide gilet rouge estampillé Stuttgart, ouvert au milieu (entre STUTT et GART). Il nous gratifie d'un long discours en français sur l'intérêt du partage des langues, le rôle des insitutions culturelles, la nécessaire implication du public aux manifestations organisées pour lui et termine (alors que j'étais en train de m'auto-hypnotiser en fixant depuis 6 minutes songilet rouge), en nous conviant tous à la création d'un "café philosophique des langues". Je suis tellement fatiguée que je n'arrive plus à fixer mon attention sur ce discours fleuve, je me sens comme K. dans Le Château de Kafka.
Je ne parviens pas à dissimuler mon désarroi quand l'homme au gilet rouge m'interpelle, me demandant à brûle-pourpoint (ce qui va bien avec son gilet) ce que je pense, moi, de l'enseignement des langues en France et en Allemagne.
Aïe. C'est la question piège. J'ai entendu toute la semaine chanter les louanges du système allemand, et fustiger le retard terrifiant pris par la France dans l'éveil aux langues vivantes, et en particulier l'allemand. On ne peut qu'être d'accord. Je suis d'accord. La France est la mauvaise élève de l'Europe. Une cancre de fond de salle qui mâche du chewing-gum. C'est vrai.
Mais d'où me vient alors la joie profonde que je vais éprouver bientôt à revoir Paris, puis ma Bourgogne, cette joie que j'éprouve déjà à entendre une jeune fille d'origine française plaisanter avec moi dans un français dénué d'accent allemand, d'où vient mon intérêt subit et passionné pour les affiches de la salle annonçant un Cycle cinéma français à L'Institut ? Serais-je donc, malgré moi, une sinistre représentante de cette nation chauviniste, nombriliste, frileusement repliée, comme mes sembables, dans les plis de notre drapeau bleu, blanc, rouge, tout fiers d'avoir coupé des têtes couronnées et gagné la Coupe du Monde de foot en 98 ; tournant le dos à l'Europe et à tout ce qui n'est pas nous-mêmes ?
Et pédés, de surcroît ?
Rabelais, Rimbaud, à mon secours, et toi, Génie de la Bastille entraperçu sous la pluie parisienne à mon retour, sauvez-moi, mes amis, mes frères, allons cacher notre misère ! Nous sommes Français ! Bordel de merde !

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #7

Arrivée dimanche soir à 19 heures à Stuttgart, il fait nuit, froid, je suis fatiguée. J'ai passé l'après-midi avec mon amie d'enfance à marcher dans les vignobles alsaciens sous un beau soleil : j'ai les joues rouges, les jambes lourdes, les yeux pleins de soleil, de feuilles mortes, paysage de carte postale alsacien…
Thierry, l'attaché culturel pour le Baden-Wurtemberg, me conduit à mon hôtel. Je suis si crevée que je ne me décide pas à ressortir, et je dîne d'un bretzel, d'un sachet de nounours en guimauve et d'une cigarette... Pas terrible, niveau gastronomie. On fera mieux demain !
Je remarque pour la première fois que les chambres d'hôtel allemandes sont toutes équipées d'un mini-bar empli de bière et de… la Bible, Nouveau Testament. Je me souviens de cette blague du Protestant dépressif à qui on a appris qu'en cas de doute sur une situation, il faut ouvir la Bible au hasard. Après avoir essayé de mettre fin à ses jours par pendaison, et échoué lamentablement, il met en pratique le conseil Protestant : la Bible s'ouvre et il y lit d'une main tremblante : "Va, et repends-toi".

Les interventions du lendemain, l'une à Tübingen, l'autre à Stüttgart, ont lieu à chaque fois à l'Institut Français, institution nichée dans de grosses bâtisses blanches chargées d'histoire (parfois un peu encombrante...), où on parle cinéma français, poésie, théâtre... À Tübingen, apprenant qu'ils ne sont que 4 (sur 90 auditeurs) a avoir lu le roman, je me lance dans une sorte de réumé-lecture du roman, un marathon qui dure deux heures et me laisse épuisée. J'ai de plus en plus l'impression de faire des conférences.
Mais à la fin, on vient me faire des confidences. L'émotion est toujours là, au creux du livre, dans les plis. C'est drôle comme ce livre peut toucher des gens. Il m'a toujours semblé si froid, si dur, quand je l'écrivais... !

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #6

Après un petit déjeuner qui suffirait à nourrir une famille pendant une journée, je range mon sac et quitte l'hôtel. J'interviens à Mayence même, pour la première fois, dans un lycée du centre ville, devant deux classes, dans une bibliothèque (la mieux fournie que j'ai vue depuis le début). Les élèves sont très intimidés - du coup, moi aussi, bien plus que devant 140 personnes. La proximité rend les émotions plus palpables... Les lycéens connaissent mal le livre, voire pas du tout. On me dira à la fin que mes réponses sur la Pologne ont un peu déçu... (l'origine polonaise de Tadeusz représente, vu du côté allemand, quelque chose d'important - mais, je suis désolée, je n'avais pas pensé à l'immigration des pays de l'Est après la chute du Mur en écrivant ce roman, moi ! Pour une fois, mes raisons étaient plus sentimentales que politiques…)

L'après-midi, je suis invitée à Ludwigshafen , ville industrielle qui fait face à Manheim, la ville universitaire et touristique. Grand soleil.


J'y trouve à mon arrivée à la gare, deux profs de français et une jeune lycéenne, Natalie, toutes trois d'un enthousiasme et d'une gaieté communicatives : j'ai l'impression d'être arivée au pays de la joie de vivre !
Je me retrouve à patienter dans une salle des profs bondée : 70 profs qui n'ont pas de cantine y déjeunent de sandwichs sur leurs tables de travail... Ça discute, on commente l'actualité, les cours, on épluche les jouraux. J'apprends que les enseignants allemands travaillent environ 28 heures par semaine, enseignent deux matières et surveillent l'étude, la grille, les couloirs… (Et n'ont pas le droit de crier "Vos gueules les mouettes" à leurs élèves, mais c'est un autre problème).
J'interviens dans une immense aula moderne, on pourrait y faire un concert de rock. Madame la Proviseur est également prof de français, ce qui me vaut un accueil en français dans le texte (jusqu'ici, je me suis contentée d'acquiescer avec reconnaissance à toutes les paroles de bienvenue qu'on m'a adressées, sans pouvoir y répondre, ce qui était tout de même gênant). Dans cette aula suréquipée (un rétroprojecteur projette sur la scène mon livre...), on a eu la bonne idée de disposer, non seulement des chaises en arc de cercle, mais aussi des tables, et sur ces tables, des boissons et des gâteaux ! On dirait un goûter géant. Tout le monde est souriant, détendu, joyeux. C'est mon dernier jour en Rhénanie-Palatinat, et on dirait que tout, y compris le soleil, conspire à ma le rendre inoubliable.
Les élèves sont charmants, on me pose des questions formidables, sur mes lectures, sur Tadeusz et ses relations avec Youri (sic !), et sur "le rapport entre l'homosexualité et l'indétermination sexuelle dans le roman". De quoi faire une thèse, quoi. À la fin, on m'offre du vin, et des livres — comme à un homme, me dis-je in petto, avant de filer, car j'ai un train à 16h, pour Manheim, puis Offenburg, puis... Strasbourg !
MAISON !!!!!!

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #5

Départ en train pour Frankfort. Nous traversons des contrées brumeuses, à peine réchauffées par la foule qui se presse dans les gares et les trains de Mayence et Frankfort à 8heures du matin, et par l'odeur délicieuse des bretzels de chez Ditsch. Arrivées à Frankfort, nous prenons le métro pour parvenir dans un Gymnasium hallucinant : vaste bâtiment moderne que le lycée partage avec la bibliothèque municipale et le ciné-club. Un véritable centre culturel et du savoir. J'interviens devant 130 élèves, dans une salle digne d'un congrès. La pression monte. Quand ça commence, je me dis que je voudrais être n'importe où ailleurs...
Mais très vite, les questions fusent, j'ai l'impression d'être portée, le temps passe sans que je m'en rende compte, de nombreux élèves viennent échanger après la rencontre, j'aperçois pour la première fois des sourires complices et un public plus mélangé, foulards islamiques de rigueur (en Allemagne, ce n'est pas interdit dans les établissements scolaires).
Mixité sociale et appétit culturel intense me semblent être la marque de fabrique de Frankfort - tout au moins, c'est le souvenir que j'en garde. J'ai toujours aimé cette ville sans la connaître, maintenant je me dis que je sais pourquoi…
On repart, trop vite à mon goût, quittant ces élèves qui me font signer leur "page de présentation" de L'Age d'ange, de grandes feuilles fomat A3 pleines de dessins et de collages en hommage au roman. On y voit des anges, des frises grecques, un couteau, des pages de livres arrachées, des miettes, du sang… C'est émouvant.
On reprend le train, départ pour Marburg, jolie ville universitaire nichée sur une colline au bord du Rhin. Une prof de français française nous accueille, nous déjeunons dans un petit restaurant... grec ! J'interviens dans une aula, tout en haut du Gymnasium, devant normalement 120 élèves... Ils sont finalement 140, car des élèves venus d'autres classes et qui ne participent pas au Prix des Lycéens se sont ajoutés in extremis. L'ambiance du coup est un peu brouillonne et, malgré le micro, l'organisation sans faille et l'accueil chaleureux, je ressens des moments de flottement dûs aux bavardages de fond de salle. Si j'étais devant mes élèves en France, je m'arrêterais net pour hurler un "SILENCE AU FOND !" bien senti…
Mais je ne suis pas devant mes élèves, et j'éprouve une joie un peu masochiste à continuer à parler malgré le manque de respect des auditeurs, me demandant s'ils s'arrêteront d'eux-mêmes, touchés par la grâce… Finalement, ce n'est pas la grâce mais Sandrine, ma formidable attachée culturelle, roulant de gros yeux furibonds, qui les fait cesser.
Notre passé commun de prof français nous fait voir d'un même oeil sévère la tolérance germanique à l'égard des bavardages, tolérance qui me paraît infinie (plusieurs enseignants depuis le début du séjour m'ont sidérée par leur aptitude à encaisser un volume sonore que n'importe quel prof français qualifierait de bordel)...
Nous revenons toutes deux vers Mayence, en discutant de choses et d'autres et notamment de Tomi Ungerer, notre illustre compatriote (Sandrine est Alsacienne comme moi) et de ce qu'il y a dans sa cuisine en Irlande - mais je n'en dirai pas plus !

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #4

À Koblenz, j'ai vécu ma 1ere expérience d'aula. Non, pas d'au-delà ! Une AULA, c'est une grande salle, comme un amphithéâtre ou une salle de conférence, munie généralement de micros, d'une estrade, et d'un tas de chaise qu'on regarde se remplir nons sans une certaine terreur. Malgré tout, toujours à Koblenz, je suis rassurée par trois choses :
  1. la présence d'une prof de français native d'Epinal, comme moi (!)
  2. un fond de salle décoré de fausses colonnes ioniques en stuc, le genre de détail que seule mes héros de L'AA (et moi) remarqueraient...
  3. la plupart des élèves ont lu le livre, ce qui donne lieu à un échange de questions-réponses très intéressant !
Je suis hélas incapable de retenir le moindre souvenir précis de cette rencontre, je crois décidément que "l'effet aula" a dû jouer. J'ai l'impression d'avoir plongé en apnée totale dans un bain d'eau glacée. Nous repartons ausitôt, ma compère de l'Institut Français et moi-même, en train toujours, pour Mainz (Mayence). Nous avons le temps de faire plus ample connaissance, avec Sandrine, le rythme est moins trépidant que ces jours derniers. Nous longeons le Rhin, je vois des paysages au coucher du soleil qui sont à couper le souffle : je pense à l'or du Rhin, à Wagner, à la Loreleï, aux bateaux de croisière de mon beau-frère, à Apollinaire, à boire du vin blanc, à mon enfance alsacienne, bref : j'ai un fameux coup de Rhin ! C'est malin.

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #3

Une vue depuis ma chambre d'hôtel, à sept heures du matin. Tout est bien rangé sur la place du marché, non ?
La veille, nous sommes rentrées de Brühl en voiture sous la pluie (sans Werner, qui se taisait), échangeant une nouvelles fois dans l'habitacle nos vues sur des sujets hétéroclites comme la dérive autobiographique de la littérature française contemporaine, Marie NDiaye, le handicap et la maternité...
En ce mercredi matin, je quitte Düsseldorf pour Aachen (Aix-la-Chapelle), où m'attendent quelques élèves et leurs professeurs, dans le CDi d'un Gymnasium bilingal. On me demande une sorte de présentation appéritive du livre, un résumé, quelques pistes... De quoi "donner envie de me lire". Hum... heureusement, les élèves se révèlent curieux et me posent des questions pertinentes ("Y a-t-il des pauvres au Luxembourg ?" , "Pourquoi avoir choisi des immigrés polonais ?"). Les larges baies vitrées de ce CDI s'ouvrent sur un patio où un érable jaune d'or s'effeuille : on se croirait dans L'Age d'ange ! Je lis des passages du livre qui correspondent si bien au lieu que les élèves eux-mêmes s'en rendent compte et sourient, surpris. Un peu de magie dans l'air...

Je quitte à 11h la Rhénanie du nord-Wesphalie et prends congé de mon attachante attachée culturelle, un peu triste. Je sens que nos conversations échevelées et sa personnalité flamboyante vont me manquer.
Mais on m'attend à Koblenz (Coblence), en Rhénanie-Palatinat. C'est parti pour quelques heures de train, pendant lesquelles on frôle les usines, puis on longe le Rhin. Je manque de m'assoupir, le front contre la vitre, quand surgit Mme Nédelec, une charmante prof de français croisée à Brühl, si heureuse de me revoir par hasard dans le wagon qu'elle en rit de contentement. Pas de sieste, donc. :-)