Après un petit déjeuner qui suffirait à nourrir une famille pendant une journée, je range mon sac et quitte l'hôtel. J'interviens à Mayence même, pour la première fois, dans un lycée du centre ville, devant deux classes, dans une bibliothèque (la mieux fournie que j'ai vue depuis le début). Les élèves sont très intimidés - du coup, moi aussi, bien plus que devant 140 personnes. La proximité rend les émotions plus palpables... Les lycéens connaissent mal le livre, voire pas du tout. On me dira à la fin que mes réponses sur la Pologne ont un peu déçu... (l'origine polonaise de Tadeusz représente, vu du côté allemand, quelque chose d'important - mais, je suis désolée, je n'avais pas pensé à l'immigration des pays de l'Est après la chute du Mur en écrivant ce roman, moi ! Pour une fois, mes raisons étaient plus sentimentales que politiques…)
L'après-midi, je suis invitée à Ludwigshafen , ville industrielle qui fait face à Manheim, la ville universitaire et touristique. Grand soleil.


J'y trouve à mon arrivée à la gare, deux profs de français et une jeune lycéenne, Natalie, toutes trois d'un enthousiasme et d'une gaieté communicatives : j'ai l'impression d'être arivée au pays de la joie de vivre !
Je me retrouve à patienter dans une salle des profs bondée : 70 profs qui n'ont pas de cantine y déjeunent de sandwichs sur leurs tables de travail... Ça discute, on commente l'actualité, les cours, on épluche les jouraux. J'apprends que les enseignants allemands travaillent environ 28 heures par semaine, enseignent deux matières et surveillent l'étude, la grille, les couloirs… (Et n'ont pas le droit de crier "Vos gueules les mouettes" à leurs élèves, mais c'est un autre problème).
J'interviens dans une immense aula moderne, on pourrait y faire un concert de rock. Madame la Proviseur est également prof de français, ce qui me vaut un accueil en français dans le texte (jusqu'ici, je me suis contentée d'acquiescer avec reconnaissance à toutes les paroles de bienvenue qu'on m'a adressées, sans pouvoir y répondre, ce qui était tout de même gênant). Dans cette aula suréquipée (un rétroprojecteur projette sur la scène mon livre...), on a eu la bonne idée de disposer, non seulement des chaises en arc de cercle, mais aussi des tables, et sur ces tables, des boissons et des gâteaux ! On dirait un goûter géant. Tout le monde est souriant, détendu, joyeux. C'est mon dernier jour en Rhénanie-Palatinat, et on dirait que tout, y compris le soleil, conspire à ma le rendre inoubliable.
Les élèves sont charmants, on me pose des questions formidables, sur mes lectures, sur Tadeusz et ses relations avec Youri (sic !), et sur "le rapport entre l'homosexualité et l'indétermination sexuelle dans le roman". De quoi faire une thèse, quoi. À la fin, on m'offre du vin, et des livres — comme à un homme, me dis-je in petto, avant de filer, car j'ai un train à 16h, pour Manheim, puis Offenburg, puis... Strasbourg !
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