J'ai visité à Düsseldorf une authentique brasserie, c'est-à-dire qu'on y fait et vend de la bière (et on y fume aussi, la législation sur le tabac étant de façon générale bien moins stricte qu'en France - et ce ne sera pas la seule occasion que j'aurai de constater la tolérance de la législation allemande...)
Dîner dans un restaurant italien, où j'ai parlé successivement allemand, anglais, italien puis... français, in fine - le serveur ayant fini par comprendre que, maîtrisant si mal chaque idiome, je ne pouvais qu'être française... :-)
Enfin, au retour de ce repas somme toute chaleureux, je rentre par des rues calmes de cette capitale de Land qui semble ignorer toute forme de déliquance juvénile, et paraît habitée par des trentenaires fort occupés et écologiquement responsables... Plutôt confortable, certes, quand on se promène seule à la nuit tombée. Mais où diable cachent-ils leurs jeunes ? Et leurs pauvres, qu'en font-ils ? (je ne sais pas encore que ce sera ma question obsédante de tout le séjour) Les vitrines de luxe y sont moins nombreuses que les galeries d'art, ce qui est une particularité de Düsseldorf, ville d'art (peinture, danse contemporaine...)
Le mardi matin, j'interviens à Schwelm, bourgade au charme tranquille. Dans un austère bâtiment datant de 1912, de style néo-gothique, des professeurs charmants nous accueillent.
Je découvre mon livre transformé en papillon par la pétillante Ulrike : c'est si beau que je le prends en photo. 
L'une des deux classes assistant à la rencontre n'a pas lu mon livre, mais ils (elles, plutôt, car les filles francophones sont plus nombreuses que les garçons...) sont très attentifs, respectueux. Une lycéenne qui a lu mon livre (Sophie ?), aux cheveux d'un rouge communiste flamboyant, prend le dessus très vite dans la mêlée, et me bombarde de questions. Elle viendra me faire part ensuite de son enthousiasme, et son analyse me confond par sa finesse.
Puisque l'entrevue se termine à midi et demie, la prof qui nous accueille nous a gentiment préparé des brötchen, petits pains fendus couverts de fromage, jambon, légumes... Voilà qui reflète à merveille l'esprit allemand dans ce qu'il a de meilleur : la prévenance. On en pleurerait de joie (surtout quand on a faim et qu'on doit filer...
Direction Brühl, la ville de Max Ernst ! Je n'y ai rien vu de surréaliste, sinon le voyage que nous faisons, Lorraine et moi, en voiture, guidées par la voix de Werner (le robot du GPS) et soudain emportées par une discussion de politique générale qui nous amène à frôler les abîmes idéologiques entre nous... C'est passionnant, totalement hors-sujet (on ne regarde même plus où on est, on ignore superbement Werner qui s'époumone "links, links !") : j'adore ! À Brühl, les étudiants d'une université voisine se sont mêlés aux lycéens, on nous accueille dans une bibliothèque vitrée où je dois faire une sorte de conférence à un public qui, cette fois, n'a pas lu le livre. Quelques étudiants en français m'interrogent, tandis qu'une lycéenne me réclame de raconter la fin du livre. Surprise, je commence par refuser, puis, devant l'instance générale, je le fais et m'aperçois... qu'ils sont tous suspendus à mes lèvres comme si je leur racontais le dernier James Bond.
Après leur départ, j'enregistre ma voix dans un lecteur mp3, à l'usage des lycéens qui auraient bien voulu m'entendre lire un extrait de L'Age d'ange (ce que je n'ai pas eu le temps de faire).
Enfermée dans la bibliothèque déserte, je lis à voix haute devant un minuscule capteur mp3 un passage que je vais, par la suite, souvent relire (mais je ne le sais pas encore) : "Or il arriva qu'un jour, le livre disparut..." J'ai l'impression d'être Marlène Jobert en train d'enregistrer des histoires pour endormir les enfants.
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