Pour Johanna, Pilou, Dorian et les autres...

... et tous les autres du Club lecture du collège de Vibraye que j'ai rencontrés vendredi 29 à Montreuil !
Je ne vous oublie pas : voilà les photos promises du "modèle de Tadeusz" . 
Un physique de star de ciné, hein ?
En fait, il y a deux modèles. Le premier (ci-dessous) est décédé il y a quelques mois, il avait 83 ans. Le
second (à droite) est mort il y a 4 ans, à l'âge de 80 ans...
En plus de faire du cinoche, ils ont donc eu une longue vie, pas comme mon infortuné Tadeusz :-(

Salon du livre Jeunesse de Montreuil

Salon du livre et de la Presse jeunesse de Montreuil, vendredi 28/11 : je suis au Carrefour des mots et de l'image.

Dans l'arène

Je reviens de l'Hérault, 
eh oui, encore ! 
Les collégiens et leur prix littéraire m'y ont fait revenir.
Cette fois j'étais à Béziers, au domain de Bayssan où se tient pour le week-end et pour la première fois une très belle manifestation en plein air, Les chapiteaux du livre. Entourés de tracteurs et cernés de cyprès, au creux de petites alcôves de buis taillé, sous la bienveillante protection de curieuses statues christiques patinées, se tiennent des rencontres hautes en couleurs à l'ombre des platanes. Ça sent le café, les rires des ados et leur accent chantant, ça sent l'odeur des livres frais. Marie Rouanet racontait des histoires de poules électrocutées, et derrière moi, quand je causais aux têtes brûlées de 10 ans venues m'entendre, ça vrombissait sous les jupes de la vierge Marie ("EhMadame, retournez-vous ! y'a des guêpes dans la robe de la statue !")
J'ai encore la tête toute pleine des bruits du train, du soleil du Biterois, et de la question lancinante lancée par un gamin : "Mais vous, vous n'êtes pas écrivain, hein ?"
- Ah bon ? Mais je suis quoi ?
- Vous, vous racontez des histoires.
- Oui, mais je les écris. Je raconte des histoires dans des livres.
- Ben non, là, vous n'écrivez pas, vous nous parlez...

Dialogue (en apparence) absurde qui m'a laissée aussi désemparée que ce toro camargais sur ma photo. On a beau être costaud, parfois on ne pige plus rien à ce qui se passe. Et on se dit que c'est bien fait, qu'on l'a bien cherché, qu'on n'avait qu'à pas faire le malin. Lui avec ses gros muscles et ses cornes, moi avec mes bouquins. On s'est fait eu. Les razetteurs, petits machins tourbillonants, nous éraflent au passage...


Ecrire pour qui ?

Voilà le genre de propos tenus paraît-il par un(e) ado anonyme, dans une librairie lors d'une rencontre autour de romans publiés chez Thierry Magnier et rapporté par Amélie Raud dans le magazine Citrouille ... le genre de propos, donc, qui me fait dire que je n'écris pas vraiment "pour les jeunes lecteurs"... dans leur majorité représentative. 
Et c'est très bien comme ça. Si ce qu'ils veulent, c'est de la littérature-miroir "comme dans la vie" et rigolote, en prime, ils trouveront leurs compte ailleurs, je ne m'en fais pas pour eux. Point de Côté est un roman réaliste et drôle, pourtant, mais je me rends bien compte que le résumé qu'on peut en faire peut faire croire à un livre morbide. Ça ne me gêne pas. 
On peut passer (comme je l'ai fait, ado) de Fantômette à L'idiot de Dostoïevski, sans solution de continuité. Les ados n'ont sans doute pas besoin de passerelle, ils sautent très bien d'un genre à l'autre. Ce n'est pas parce qu'un éditeur jeunesse m'a fait confiance et que les "jeunes" ne sont pas attirés par mon livre, que je vais faire du Fantômette désormais (Georges Chaulet faisait ça très bien tout seul). 

saloon du livre

Alors là c'était l'Eté du livre à Metz,
un fou-rire avec Jean-Luc Luciani (était-ce avant ou après qu'il eut pété un cable en écoutant Michel Drucker venu nous narrer la mort de feu sa chienne ?)

Interrogations

Telle que vous me voyez, je suis en plein doutage et dubitationnement.
Faut-il, ne faut-il pas, faire des interventions en établissement rémunérées, quand on est écrivain ? Je ne m'en sors pas.
J'ai décidé que même si "ça marchait", je n'abandonnerais pas mon métier de prof, d'abord parce que je l'aime, ensuite parce que j'ai la faiblesse de croire douée pour cela, enfin, parce qu'un salaire assuré me donne la liberté totale d'écrire ce que je veux quand je veux, et modère l'angoisse du refus éditorial.
Alors, a priori, quand on est prof, aller voir des ados dans des lieux familiers, c'est pas franchement exotique. Mais je me demande surtout si c'est vraiment aussi bon qu'on le dit, pour eux...

Je viens de lire ce mot de Christian Grenier :
Solliciter la venue d’un écrivain ou d’un illustrateur dans une classe est souvent un élément déclencheur : le livre devient soudain vivant ! Son auteur est là. C’est un homme ou une femme comme les autres qui livre ses problèmes, ses doutes — ses convictions ou ses certitudes aussi. Confier ses réflexions, ses hésitations, ses remaniements rend le texte (ou l’image) à la fois plus réel, plus humble et tout à coup accessible : le créateur n’est pas un démiurge génial mais un artisan.
(c'est moi qui souligne)

Je ne peux pas dire à quel point ces mots me choquent. Ils me font mal.
D'abord, pour que le livre soit vivant pour moi, je n'ai pas attendu que l'auteur vienne me voir. A 12 ans, j'étais amoureuse de George Sand qui me semblait un mec épatant :-) Si j'avais pu espérer sa visite, l'en aurais-je aimé davantage ? J'en doute. On me dira sans doute que c'est parce que j'étais "une grande lectrice", que je n'avais pas besoin de ça. Mais les mauvais lecteurs en ont-ils besoin ? Je ne sais pas. Je pose la question, c'est tout.
Ensute, j'ai toujours opposé l'artisan (sans aucunement le mépriser) à l'artiste, toujours pensé que ce dernier n'était pas "une femme ou un homme comme les autres", souffrait même de ne pas l'être, et que la seule solution qu'elle/il avait trouvée, était précisément la création. Bref, la théorie de l'Albatros.
Romantique jusqu'aux cheveux, n'ayant connu pour maîtres dans mon enfance que d'hirsutes idéalistes comme Hugo et Rimbaud, je suis sous le choc.

Est-ce cela, la bonne parole que l'écrivain va venir prodiguer aux collégiens médusés ? Je fais pipi-caca comme vous, je paye des impôts comme vos parents ? La belle affaire.
Tout ça pour qu'au final, ils se disent, avec un étonnement désespéré qu'on prendrait à tort pour du soulagement : "Il est normal" ?
Chaque jour en classe je me bats contre ce mot : normal.
J'essaie de le bannir du langage, de leur montrer que la norme, si elle rassure, étouffe, emprisonne, et que personne ne doit rougir de se sentir "pas normal". Et voilà qu'un écrivain va venir arrondir ses fins de mois et dire à mes ados "je suis normal" ?
Et on voudrait que je fasse pareil, moi ? Oh, bon Dieu, non ! Je ne ferai pas ça. Si l'on m'invite, qu'on s'attende au débarquement de l'Albatros. Ça va chier du guano.

Rencontres et dédicaces

Comédie du livre
Montpellier - le samedi 31 mai et dimanche 1er juin
sous le chapiteau du Conseil Général et sur le stand de Sauramps.

(merci à mon ami Thomas Gornet pour cette photo !)

Dans la mêlée...

"Le livre est sorti", pour un auteur ça veut dire...

Il se débrouille seul
il joue des coudes dans la mêlée
tout le monde peut le voir, mais
peut aussi l'ignorer,
Il est à tous 
il ne m'appartient plus...

(photo : librairie Mollat, Bordeaux)