Une très belle photo de Valérie Simonnet pour illustrer ces quelques lignes issues de mon prochain recueil de nouvelles, Comme des trains dans la nuit (à paraître au Rouergue, janvier 2011). La nouvelle en question s'appelle Loin des hommes. Les héros, ce sont deux ados, Naïma et Tony, mais aussi une ville, Le Creusot.
De loin, Naïma voit une silhouette en survêtement portant un sac en plastique traverser la route, sauter sur le trottoir et avancer vers elle à grand pas. Dans le jour qui décline, elle devine que c’est Tony. Il court presque. Il a peur d’être en retard. C’est un peu dommage, qu’il coure. Elle aimerait mieux qu’il avance calmement : là, on dirait un taré qui va lui sauter dessus. Mais bon, c’est pas non plus comme si c’était son amoureux ou quoi. C’est Tony, juste.
– Qu’est-ce t’as dans ton sac plastique ?
Tony regarde le sac comme si on venait de le lui greffer au bout du bras pendant son sommeil et qu’il ignorait complètement ce que c’était.
– Ouais, ça, c’est… Tu verras, c’est pour après. Ça fait pas trop longtemps que t’attends ?
Un instant, Naïma a envie de lui répondre : Si, ça fait trois jours, regarde, y’a des champignons qu’ont poussé sur mes Converse. Mais bon. Il a son regard par en-dessous, sa bonne tête de Tony avec des boutons et des yeux bleus, alors voilà, quoi. Anthony Franceschini, 10/20 de moyenne générale de la Sixième à la Seconde, le mec que personne n’emmerde jamais, ni les profs parce qu’il est un peu limité mais super gentil, ni les autres mecs, parce qu’il a une voix grave comme un homme de trente ans et ça, depuis la classe de 5ème, un record historique. Il est trop timide pour regarder les filles, alors elles ne le regardent pas non plus, enfin elles font semblant de ne pas s’intéresser et lui, il voit rien – les mecs, de toute façon, ils pigent rien à ce genre de trucs.
De temps en temps, ça lui prend, Naïma a un sursaut de pitié pour le genre masculin. Mais alors elle pense à son oncle qui a vingt-cinq ans et frime avec sa Polo transformée en caisson de basse, et qui a cassé une dent à sa meuf parce qu’elle avait fait la bise à un vendeur chez Darty. Du coup, elle a nettement moins envie d’être gentille avec les mecs.
– Qu’est-ce t’as dans ton sac plastique ?
Tony regarde le sac comme si on venait de le lui greffer au bout du bras pendant son sommeil et qu’il ignorait complètement ce que c’était.
– Ouais, ça, c’est… Tu verras, c’est pour après. Ça fait pas trop longtemps que t’attends ?
Un instant, Naïma a envie de lui répondre : Si, ça fait trois jours, regarde, y’a des champignons qu’ont poussé sur mes Converse. Mais bon. Il a son regard par en-dessous, sa bonne tête de Tony avec des boutons et des yeux bleus, alors voilà, quoi. Anthony Franceschini, 10/20 de moyenne générale de la Sixième à la Seconde, le mec que personne n’emmerde jamais, ni les profs parce qu’il est un peu limité mais super gentil, ni les autres mecs, parce qu’il a une voix grave comme un homme de trente ans et ça, depuis la classe de 5ème, un record historique. Il est trop timide pour regarder les filles, alors elles ne le regardent pas non plus, enfin elles font semblant de ne pas s’intéresser et lui, il voit rien – les mecs, de toute façon, ils pigent rien à ce genre de trucs.
De temps en temps, ça lui prend, Naïma a un sursaut de pitié pour le genre masculin. Mais alors elle pense à son oncle qui a vingt-cinq ans et frime avec sa Polo transformée en caisson de basse, et qui a cassé une dent à sa meuf parce qu’elle avait fait la bise à un vendeur chez Darty. Du coup, elle a nettement moins envie d’être gentille avec les mecs.
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