Parfois, ça fait presque peur. Quand tout est là, les visages, les voix. Comme si tout était né pour converger vers ce point précis : l'écriture d'un nouveau roman.
Lire Ce qu'ils disent ou rien, d'Annie Ernaux, le sourire aux lèvres parce que c'est ça et c'est différent. Se dire elle a fait très fort, mais c'est pas grave, je ferai autrement.
Replonger dans son adolescence, les années 80, eh oui c'est déjà si loin, 99 luftballons, tout ça, les boums.
Ecouter Back to the old house, des Smiths, se dire qu'encore une fois, maître Moz a frappé, "je ne reviendrai pas à la vieille maison", merci d'avoir écrit cette chanson.


Chercher ce qui est caché, les silences, les toutes petites choses enfouies quelque part dans une ferme des Vosges, les détails sans importance et les faire revivre comme si on faisait de la magie.
Penser si fort à certaines personnes qu'on se fait pleurer de les avoir perdues. Avoir envie de leur dire à quel point on les a aimées, et que maintenant… Se dire que ce n'est pas trop tard, je leur dirai comme ça, en écrivant.
Comment font les gens qui n'écrivent pas, pour se racheter ?
Regarder sans fin le visage de Rupert Graves et l'écouter raconter son histoire. Pas son histoire d'acteur, non, l'histoire de son visage.
"Imaginer", dit-on. L'imagination. Ça n'est pas grand'chose, l'imagination. Le plus dur c'est d'écouter ce que racontent les visages, les paysages, les odeurs.
Se laisser faire.
Abandonner la volonté de maîtriser son récit. Reconnaître que quelque chose sort de là, qui me dépasse.
Parfois, ça fait presque peur.

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