Dans l'arène

Je reviens de l'Hérault, 
eh oui, encore ! 
Les collégiens et leur prix littéraire m'y ont fait revenir.
Cette fois j'étais à Béziers, au domain de Bayssan où se tient pour le week-end et pour la première fois une très belle manifestation en plein air, Les chapiteaux du livre. Entourés de tracteurs et cernés de cyprès, au creux de petites alcôves de buis taillé, sous la bienveillante protection de curieuses statues christiques patinées, se tiennent des rencontres hautes en couleurs à l'ombre des platanes. Ça sent le café, les rires des ados et leur accent chantant, ça sent l'odeur des livres frais. Marie Rouanet racontait des histoires de poules électrocutées, et derrière moi, quand je causais aux têtes brûlées de 10 ans venues m'entendre, ça vrombissait sous les jupes de la vierge Marie ("EhMadame, retournez-vous ! y'a des guêpes dans la robe de la statue !")
J'ai encore la tête toute pleine des bruits du train, du soleil du Biterois, et de la question lancinante lancée par un gamin : "Mais vous, vous n'êtes pas écrivain, hein ?"
- Ah bon ? Mais je suis quoi ?
- Vous, vous racontez des histoires.
- Oui, mais je les écris. Je raconte des histoires dans des livres.
- Ben non, là, vous n'écrivez pas, vous nous parlez...

Dialogue (en apparence) absurde qui m'a laissée aussi désemparée que ce toro camargais sur ma photo. On a beau être costaud, parfois on ne pige plus rien à ce qui se passe. Et on se dit que c'est bien fait, qu'on l'a bien cherché, qu'on n'avait qu'à pas faire le malin. Lui avec ses gros muscles et ses cornes, moi avec mes bouquins. On s'est fait eu. Les razetteurs, petits machins tourbillonants, nous éraflent au passage...


Ecrire pour qui ?

Voilà le genre de propos tenus paraît-il par un(e) ado anonyme, dans une librairie lors d'une rencontre autour de romans publiés chez Thierry Magnier et rapporté par Amélie Raud dans le magazine Citrouille ... le genre de propos, donc, qui me fait dire que je n'écris pas vraiment "pour les jeunes lecteurs"... dans leur majorité représentative. 
Et c'est très bien comme ça. Si ce qu'ils veulent, c'est de la littérature-miroir "comme dans la vie" et rigolote, en prime, ils trouveront leurs compte ailleurs, je ne m'en fais pas pour eux. Point de Côté est un roman réaliste et drôle, pourtant, mais je me rends bien compte que le résumé qu'on peut en faire peut faire croire à un livre morbide. Ça ne me gêne pas. 
On peut passer (comme je l'ai fait, ado) de Fantômette à L'idiot de Dostoïevski, sans solution de continuité. Les ados n'ont sans doute pas besoin de passerelle, ils sautent très bien d'un genre à l'autre. Ce n'est pas parce qu'un éditeur jeunesse m'a fait confiance et que les "jeunes" ne sont pas attirés par mon livre, que je vais faire du Fantômette désormais (Georges Chaulet faisait ça très bien tout seul).