Ô Toulouse !

Petit souvenir de la ville rose, à peine aperçue vendredi 27 novembre, lors de mon passage éclair dans le Languedoc pour des rencontres publiques autour de Bonheur Fantôme.
J'ai été (très bien) accueillie d'abord à la Librairie L'autre rive, à Toulouse, puis le lendemain 28 novembre, dans la jolie librairie Mots & Cie, à Carcassonne.

Un accueil tout en chaleur et en confidences, des rencontres délicates et précieuses, du cousu main pour mon petit bonhomme de livre...
"Un petit bijou de délicatesse"

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #8 et fin


Stüttgart, toujours. Après avoir déjeuné d'un énième Wiener schnitzel avec Thierry, je fais ma dernière conférence au sommet devant un auditoire nombreux, dans une salle étroite et longue comme un jour sans pain, juchée hélas sur une estrade, assise derrière un micro fixe : le désespoir total ! Moi qui préfère me mettre debout, micro à la main... Je suis condamnée à une pose hiératique. Je me console vite en constatant que c'est très reposant aussi, de rester le c.. sur sa chaise. Je pense aux Assis de Rimbaud : "Oh, ne les faites pas lever !" — voilà j'ai envie de dire des gros mots et de citer Rimbaud, c'est malin : j'ai une crise de franchouillerie !
Je résume, commente, répons aux questions. Le public est bien tassé mais curieux.
Un garçon aux yeux doux et à la mèche artistiquement ramenée sur les tempes, me pose une question que j'ai oubliée, puis insiste pour avoir une dédicace. Je crois qu'il s'appelle Lukas — mais il y a eu plusieurs Lukas cette semaine, et des Nicole, Cornelia, Alina, Ulrike, Helena, etc. Si peu de garçons ! J'apprends qu'en Allemagne, le français est considéré comme une langue trop jolie, trop douce, pas assez virile, bref : une langue de pédés (dixit, en français dans le texte, une prof allemande, propos confirmé par deux de ses collègues). J'ignore ce qu'en pense le mignon Lukas. Disons qu'il n'a pas l'air de démentir cette réputation — laquelle demeure bien choquante pour un Français ! (J'imagine bien dire ça à un supporter du Stade Toulousain, tiens…)


Un homme noir au fond de la salle intervient. Il se définit lui-même comme "afro-européen" et arbore un splendide gilet rouge estampillé Stuttgart, ouvert au milieu (entre STUTT et GART). Il nous gratifie d'un long discours en français sur l'intérêt du partage des langues, le rôle des insitutions culturelles, la nécessaire implication du public aux manifestations organisées pour lui et termine (alors que j'étais en train de m'auto-hypnotiser en fixant depuis 6 minutes songilet rouge), en nous conviant tous à la création d'un "café philosophique des langues". Je suis tellement fatiguée que je n'arrive plus à fixer mon attention sur ce discours fleuve, je me sens comme K. dans Le Château de Kafka.
Je ne parviens pas à dissimuler mon désarroi quand l'homme au gilet rouge m'interpelle, me demandant à brûle-pourpoint (ce qui va bien avec son gilet) ce que je pense, moi, de l'enseignement des langues en France et en Allemagne.
Aïe. C'est la question piège. J'ai entendu toute la semaine chanter les louanges du système allemand, et fustiger le retard terrifiant pris par la France dans l'éveil aux langues vivantes, et en particulier l'allemand. On ne peut qu'être d'accord. Je suis d'accord. La France est la mauvaise élève de l'Europe. Une cancre de fond de salle qui mâche du chewing-gum. C'est vrai.
Mais d'où me vient alors la joie profonde que je vais éprouver bientôt à revoir Paris, puis ma Bourgogne, cette joie que j'éprouve déjà à entendre une jeune fille d'origine française plaisanter avec moi dans un français dénué d'accent allemand, d'où vient mon intérêt subit et passionné pour les affiches de la salle annonçant un Cycle cinéma français à L'Institut ? Serais-je donc, malgré moi, une sinistre représentante de cette nation chauviniste, nombriliste, frileusement repliée, comme mes sembables, dans les plis de notre drapeau bleu, blanc, rouge, tout fiers d'avoir coupé des têtes couronnées et gagné la Coupe du Monde de foot en 98 ; tournant le dos à l'Europe et à tout ce qui n'est pas nous-mêmes ?
Et pédés, de surcroît ?
Rabelais, Rimbaud, à mon secours, et toi, Génie de la Bastille entraperçu sous la pluie parisienne à mon retour, sauvez-moi, mes amis, mes frères, allons cacher notre misère ! Nous sommes Français ! Bordel de merde !

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #7

Arrivée dimanche soir à 19 heures à Stuttgart, il fait nuit, froid, je suis fatiguée. J'ai passé l'après-midi avec mon amie d'enfance à marcher dans les vignobles alsaciens sous un beau soleil : j'ai les joues rouges, les jambes lourdes, les yeux pleins de soleil, de feuilles mortes, paysage de carte postale alsacien…
Thierry, l'attaché culturel pour le Baden-Wurtemberg, me conduit à mon hôtel. Je suis si crevée que je ne me décide pas à ressortir, et je dîne d'un bretzel, d'un sachet de nounours en guimauve et d'une cigarette... Pas terrible, niveau gastronomie. On fera mieux demain !
Je remarque pour la première fois que les chambres d'hôtel allemandes sont toutes équipées d'un mini-bar empli de bière et de… la Bible, Nouveau Testament. Je me souviens de cette blague du Protestant dépressif à qui on a appris qu'en cas de doute sur une situation, il faut ouvir la Bible au hasard. Après avoir essayé de mettre fin à ses jours par pendaison, et échoué lamentablement, il met en pratique le conseil Protestant : la Bible s'ouvre et il y lit d'une main tremblante : "Va, et repends-toi".

Les interventions du lendemain, l'une à Tübingen, l'autre à Stüttgart, ont lieu à chaque fois à l'Institut Français, institution nichée dans de grosses bâtisses blanches chargées d'histoire (parfois un peu encombrante...), où on parle cinéma français, poésie, théâtre... À Tübingen, apprenant qu'ils ne sont que 4 (sur 90 auditeurs) a avoir lu le roman, je me lance dans une sorte de réumé-lecture du roman, un marathon qui dure deux heures et me laisse épuisée. J'ai de plus en plus l'impression de faire des conférences.
Mais à la fin, on vient me faire des confidences. L'émotion est toujours là, au creux du livre, dans les plis. C'est drôle comme ce livre peut toucher des gens. Il m'a toujours semblé si froid, si dur, quand je l'écrivais... !