Mamie Lisette contre-attaque



Le lundi 4 juin 2012, Comment (bien) rater ses vacances a reçu le Prix Chronos de littérature, catégorie 4ème/3ème.
Et moi, j'ai reçu des chocolats et plein d'autres belles choses qui récompensent, encouragent et adoucissent les mœurs...
Bien que ce soit le 9ème prix remporté par l'indétrônable Maxime, je ne joue pas les blasées, et suis au contraire très fière de celui-ci.
Il récompense en effet une œuvre faisant le lien entre les générations. Or, dans ma vie comme dans les romans je n'aime pas particulièrement les clivages, les segmentations, les étiquetages, et soutiens que les sentiments (amoureux, fraternels, amicaux) se passent aisément de ce genre de frontières...


Voici un petit mot écrit pour l'occasion :

 Dans Comment devenir une rock star (ou pas) (3ème tome des aventures de Maxime), l’indéboulonnable, l’indestructible, l’indécrottable Mamie Lisette – qui a, rappelons-le, survécu à un infarctus, mais a aussi repris le jardinage, la confiture et les travaux manuels ! – se transforme inexorablement en guide spirituel, tendance Maître Yoda dans La Guerre des étoiles (vous savez, genre E.T. avec une robe de chambre et de grandes oreilles ?) 
Voilà qu’elle assène un jour à mon héros Maxime cette belle phrase qu’elle a trouvée elle-même, cette belle phrase tricotée main, quoi :
« On ne grandit pas tout seul ».

Évidemment, Maxime s’empresse de lui rire aux nez – vous savez comment sont les ados – ce qui lui vaut une baffe, parce que Mamie Lisette, c’est comme Maître Yoda, c’est un Jedi. Faut pas l’embêter.


Et puis, progressivement, de rencontre en rencontre, de fil en aiguille, de chat en souris, petit à petit, Maxime finira par comprendre ce que sa grand-mère voulait dire (eh oui, à 18 ans, « ça comprend vite, mais faut leur expliquer longtemps », comme disait ma grand-mère à moi).
Maxime finira même – vous savez comment sont les ados – par lui piquer cette devise, l’enrichissant au passage : « On ne grandit pas tout seul, mais on n’a besoin de personne pour vieillir ».

Quand j’ai appris que Comment (bien) rater ses vacances s’était vu décerner le prix Chronos,  à peine remise de mon émotion légitime, c’est cette pensée-là qui m’est venue.
Cette réflexion, née dans deux esprits si proches, malgré les deux générations qui les séparent.

Bien sûr, Mamie a raison : on ne grandit pas tout seul.
Il faut près de soi des amis sur qui compter, une famille qui vous aime, des modèles et des contre-exemples, de quoi se rassurer et de quoi s’opposer, aussi.
Mais pour vieillir, on n’a besoin de personne : vieillir, ça se fait tout seul, quoi qu’on fasse, et parfois ça se fait très vite, hélas. Sitôt qu’on arrête de s’ouvrir aux autres, de rire, de découvrir des choses nouvelles.

La bonne nouvelle c’est que, quel que soit leur âge, ce danger ne guette pas, généralement, les amateurs de lecture.
Dès l’enfance, on trouvera dans les livres des amis qui vous feront grandir, modèles ou contre-exemples, héros complices ou adversaires auprès de qui découvrir la vie.
Dans l’âge mûr, on continuera d’explorer des continents nouveaux où l’on n’aurait jamais cru débarquer, on gardera un pied dans l’enfance ou dans l’adolescence, on maintiendra le lien avec des réalités qu’on ne voit plus, qu’on ne sent plus autour de soi… et qui nous manquent parfois.

Merci à tous tous les lecteurs qui ont participé à l’aventure du prix Chronos, petits et grands, jeunes et moins jeunes. Tous ceux qui ont accepté de faire un bout de chemin avec Maxime et Mamie Lisette,  qui se sont amusés à leurs côtés.
Tous ceux qui ont ri avec ce livre. Ceux qui ont peu grandi aussi, pourquoi pas ? grâce à lui. Tous ceux qui n’ont pas vieilli, parce que le rire est un excellent anti-rides.

Anne Percin © 2012

En route !

Le plus dur, c'est de commencer. De commencer vraiment.
Pour commencer, il ne suffit pas d'avoir l'idée : elle est là, bien souvent, depuis des lustres, n'attendant que le moment propice pour sortir de sa cachette où elle a mûri.
Pour commencer, il ne suffit pas non plus d'écrire les premières lignes, ni même les premières pages : chez moi, bien souvent, elles sont médiocres d'emblée et ce triste constat peut bloquer pendant des mois tout le processus.
Pour commencer, il faut avoir envie.
Vraiment envie.
Il faut que ça démange, que ça picote, que ça chatouille, que la perspective de passer des mois en compagnie de la même histoire et des mêmes personnages apparaisse comme une distraction et non comme un pensum. Il faut avoir envie, en quelque sorte, de partir en vacances avec un roman. Il faut en tomber amoureux avant qu'il ne soit né, amoureux de l'idée de ce qu'il sera, et que personne ne voit.
Je commence (je dis bien : commence) à avoir très envie de partir, là.
Il sera question d'amitié. Surtout, avant tout, par dessus tout. Il sera question de création, de peinture. Il sera question des années 20 et de Dada. Je sais déjà tout cela, mais ce que je ne sais pas, c'est : quand est-ce qu'on décolle ? J'attends le signal du chef de bord. J'ai mes petites valises de mots. Je suis prête.