Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #4

À Koblenz, j'ai vécu ma 1ere expérience d'aula. Non, pas d'au-delà ! Une AULA, c'est une grande salle, comme un amphithéâtre ou une salle de conférence, munie généralement de micros, d'une estrade, et d'un tas de chaise qu'on regarde se remplir nons sans une certaine terreur. Malgré tout, toujours à Koblenz, je suis rassurée par trois choses :
  1. la présence d'une prof de français native d'Epinal, comme moi (!)
  2. un fond de salle décoré de fausses colonnes ioniques en stuc, le genre de détail que seule mes héros de L'AA (et moi) remarqueraient...
  3. la plupart des élèves ont lu le livre, ce qui donne lieu à un échange de questions-réponses très intéressant !
Je suis hélas incapable de retenir le moindre souvenir précis de cette rencontre, je crois décidément que "l'effet aula" a dû jouer. J'ai l'impression d'avoir plongé en apnée totale dans un bain d'eau glacée. Nous repartons ausitôt, ma compère de l'Institut Français et moi-même, en train toujours, pour Mainz (Mayence). Nous avons le temps de faire plus ample connaissance, avec Sandrine, le rythme est moins trépidant que ces jours derniers. Nous longeons le Rhin, je vois des paysages au coucher du soleil qui sont à couper le souffle : je pense à l'or du Rhin, à Wagner, à la Loreleï, aux bateaux de croisière de mon beau-frère, à Apollinaire, à boire du vin blanc, à mon enfance alsacienne, bref : j'ai un fameux coup de Rhin ! C'est malin.

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #3

Une vue depuis ma chambre d'hôtel, à sept heures du matin. Tout est bien rangé sur la place du marché, non ?
La veille, nous sommes rentrées de Brühl en voiture sous la pluie (sans Werner, qui se taisait), échangeant une nouvelles fois dans l'habitacle nos vues sur des sujets hétéroclites comme la dérive autobiographique de la littérature française contemporaine, Marie NDiaye, le handicap et la maternité...
En ce mercredi matin, je quitte Düsseldorf pour Aachen (Aix-la-Chapelle), où m'attendent quelques élèves et leurs professeurs, dans le CDi d'un Gymnasium bilingal. On me demande une sorte de présentation appéritive du livre, un résumé, quelques pistes... De quoi "donner envie de me lire". Hum... heureusement, les élèves se révèlent curieux et me posent des questions pertinentes ("Y a-t-il des pauvres au Luxembourg ?" , "Pourquoi avoir choisi des immigrés polonais ?"). Les larges baies vitrées de ce CDI s'ouvrent sur un patio où un érable jaune d'or s'effeuille : on se croirait dans L'Age d'ange ! Je lis des passages du livre qui correspondent si bien au lieu que les élèves eux-mêmes s'en rendent compte et sourient, surpris. Un peu de magie dans l'air...

Je quitte à 11h la Rhénanie du nord-Wesphalie et prends congé de mon attachante attachée culturelle, un peu triste. Je sens que nos conversations échevelées et sa personnalité flamboyante vont me manquer.
Mais on m'attend à Koblenz (Coblence), en Rhénanie-Palatinat. C'est parti pour quelques heures de train, pendant lesquelles on frôle les usines, puis on longe le Rhin. Je manque de m'assoupir, le front contre la vitre, quand surgit Mme Nédelec, une charmante prof de français croisée à Brühl, si heureuse de me revoir par hasard dans le wagon qu'elle en rit de contentement. Pas de sieste, donc. :-)

Prix des Lycéens Allemands, la tournée - #2

J'ai visité à Düsseldorf une authentique brasserie, c'est-à-dire qu'on y fait et vend de la bière (et on y fume aussi, la législation sur le tabac étant de façon générale bien moins stricte qu'en France - et ce ne sera pas la seule occasion que j'aurai de constater la tolérance de la législation allemande...)
Dîner dans un restaurant italien, où j'ai parlé successivement allemand, anglais, italien puis... français, in fine - le serveur ayant fini par comprendre que, maîtrisant si mal chaque idiome, je ne pouvais qu'être française... :-)
Enfin, au retour de ce repas somme toute chaleureux, je rentre par des rues calmes de cette capitale de Land qui semble ignorer toute forme de déliquance juvénile, et paraît habitée par des trentenaires fort occupés et écologiquement responsables... Plutôt confortable, certes, quand on se promène seule à la nuit tombée. Mais où diable cachent-ils leurs jeunes ? Et leurs pauvres, qu'en font-ils ? (je ne sais pas encore que ce sera ma question obsédante de tout le séjour) Les vitrines de luxe y sont moins nombreuses que les galeries d'art, ce qui est une particularité de Düsseldorf, ville d'art (peinture, danse contemporaine...)

Le mardi matin, j'interviens à Schwelm, bourgade au charme tranquille. Dans un austère bâtiment datant de 1912, de style néo-gothique, des professeurs charmants nous accueillent.
Je découvre mon livre transformé en papillon par la pétillante Ulrike : c'est si beau que je le prends en photo.
L'une des deux classes assistant à la rencontre n'a pas lu mon livre, mais ils (elles, plutôt, car les filles francophones sont plus nombreuses que les garçons...) sont très attentifs, respectueux. Une lycéenne qui a lu mon livre (Sophie ?), aux cheveux d'un rouge communiste flamboyant, prend le dessus très vite dans la mêlée, et me bombarde de questions. Elle viendra me faire part ensuite de son enthousiasme, et son analyse me confond par sa finesse.
Puisque l'entrevue se termine à midi et demie, la prof qui nous accueille nous a gentiment préparé des brötchen, petits pains fendus couverts de fromage, jambon, légumes... Voilà qui reflète à merveille l'esprit allemand dans ce qu'il a de meilleur : la prévenance. On en pleurerait de joie (surtout quand on a faim et qu'on doit filer...
Direction Brühl, la ville de Max Ernst ! Je n'y ai rien vu de surréaliste, sinon le voyage que nous faisons, Lorraine et moi, en voiture, guidées par la voix de Werner (le robot du GPS) et soudain emportées par une discussion de politique générale qui nous amène à frôler les abîmes idéologiques entre nous... C'est passionnant, totalement hors-sujet (on ne regarde même plus où on est, on ignore superbement Werner qui s'époumone "links, links !") : j'adore ! À Brühl, les étudiants d'une université voisine se sont mêlés aux lycéens, on nous accueille dans une bibliothèque vitrée où je dois faire une sorte de conférence à un public qui, cette fois, n'a pas lu le livre. Quelques étudiants en français m'interrogent, tandis qu'une lycéenne me réclame de raconter la fin du livre. Surprise, je commence par refuser, puis, devant l'instance générale, je le fais et m'aperçois... qu'ils sont tous suspendus à mes lèvres comme si je leur racontais le dernier James Bond.
Après leur départ, j'enregistre ma voix dans un lecteur mp3, à l'usage des lycéens qui auraient bien voulu m'entendre lire un extrait de L'Age d'ange (ce que je n'ai pas eu le temps de faire).
Enfermée dans la bibliothèque déserte, je lis à voix haute devant un minuscule capteur mp3 un passage que je vais, par la suite, souvent relire (mais je ne le sais pas encore) : "Or il arriva qu'un jour, le livre disparut..." J'ai l'impression d'être Marlène Jobert en train d'enregistrer des histoires pour endormir les enfants.